Daniel Bonnefon, figure emblématique du protestantisme cévenol au XIXe siècle, incarne un engagement profond entre foi, action sociale et transmission du savoir. Pasteur, fondateur d’une institution majeure et écrivain prolifique, son influence dépasse largement les frontières de sa paroisse.
À travers sa trajectoire, c’est une vision humaniste et éthique qui se dessine, toujours pertinente en 2026. Son action a profondément marqué la ville d’Alès, notamment par la création d’un établissement qui perdure aujourd’hui sous une forme modernisée. Qui était cet homme dont la foi s’incarnait dans des gestes concrets de solidarité et d’éducation?
Parcours d’un pasteur engagé dans le contexte protestant du XIXe siècle
Né à Bayonne le 14 août 1832, Daniel Bonnefon reçoit une formation théologique rigoureuse à la Faculté de Montauban, alors centre intellectuel majeur du protestantisme français. Cette institution, reconnue pour son exigence doctrinale, forme une génération de pasteurs conscients des enjeux sociaux et théologiques de leur époque. Daniel Bonnefon est consacré pasteur à Alès le 9 septembre 1858, marquant le début d’un ministère pastoral qui durera près de quarante ans.
Sa première affectation l’amène à Saint-Christol-lez-Alès, où il exerce comme pasteur en titre pendant trois années formatives. En juillet 1861, il est choisi à l’unanimité par le Conseil presbytéral d’Alès pour devenir pasteur suffragant du pasteur Gaillard, alors âgé de 72 ans. Ce poste, rémunéré 2 000 francs annuels, lui permet de prendre en charge des responsabilités spécifiques, notamment l’aumônerie des prisons et de l’École de Maîtres Mineurs.
Cette immersion précoce dans les réalités sociales du monde ouvrier minier façonne sa sensibilité aux conditions de vie des plus démunis.
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Question 1: Où se trouvait la principale faculté de théologie protestante au XIXe siècle?
Question 2: Quel était le salaire annuel du pasteur suffragant à Alès en 1861?
Une succession pastorale marquée par les tensions internes
L’année 1862 marque un tournant dans la carrière de Daniel Bonnefon. À la suite du décès du pasteur Dubois, en poste depuis 1819, le Conseil presbytéral d’Alès le désigne comme successeur. Cette nomination, contraire à la pratique habituelle selon laquelle le suffragant devait succéder automatiquement au titulaire, suscite une opposition vive menée par M.
Albaric, pasteur suffragant de M. Dubois et figure libérale du consistoire. Ce conflit révèle les clivages idéologiques au sein du protestantisme local, opposant orthodoxie et libéralisme.
La situation s’envenime: M. Albaric démissionne de son poste et se présente lui-même comme candidat, malgré le choix du Conseil. Une séance du Consistoire, composé de 25 membres, aboutit à une élection très serrée, avec 13 voix pour Albaric contre 12 pour Bonnefon.
Le ministère protestant, saisi du litige, annule le scrutin en raison de la faible majorité et d’un doute sur la régularité de la convocation d’un membre influent. Une nouvelle élection est ordonnée. Lors de cette séance, plusieurs membres quittent la salle, mais le pasteur Breyton décide de poursuivre.
Finalement, Daniel Bonnefon est élu avec 12 voix sur 12 votants présents.
Le 28 janvier 1863, un décret ministériel officialise sa nomination. Installé officiellement le 16 mars suivant, Daniel Bonnefon devient pasteur d’Alès, une fonction qu’il exercera avec autorité jusqu’à sa mort. Cette crise, bien qu’éprouvante, démontre sa capacité à surmonter les obstacles institutionnels et à incarner une vision pastorale ancrée dans la communauté.

Fondation et évolution de la Maison de Santé Protestante d’Alès
En novembre 1863, Daniel Bonnefon est nommé aumônier de l’hôpital d’Alès. Très vite, il entre en conflit avec les sœurs de l’Hospice Saint-Louis, qu’il accuse d’actes de prosélytisme envers les indigents protestants. Un rapport du Conseil presbytéral, daté du 9 décembre 1865, confirme ces pratiques, citant notamment le cas de l’infirme Roumajon, dont la fille protestante était pressée de se convertir.
Cet épisode décisif renforce sa conviction: il faut créer un espace de soins neutre et respectueux des convictions religieuses.
C’est ainsi qu’en 1866, il fonde le premier établissement de ce qui deviendra la Maison de Santé Protestante d’Alès (MSPA), un asile pour vieillards protestants de plus de 65 ans. Ce projet, porté par la communauté protestante de la ville, s’appuie sur des dons et l’implication de fidèles dans la gestion. L’association « Maison de Santé Protestante d’Alès » est ainsi constituée, marquant le début d’une œuvre sociale pérenne.
Une reconnaissance d’utilité publique et une adaptation aux temps modernes
Le rôle de la MSPA s’élargit rapidement à l’accueil d’infirmes et de malades protestants des deux sexes. En 1877, elle est reconnue d’Utilité Publique par un décret du Président de la République, le Maréchal de Mac Mahon. Ce statut, encore en vigueur en 2026, témoigne de l’importance sociale de l’institution.
En 1929, les statuts sont adaptés à la loi 1901, intégrant l’établissement dans le cadre juridique moderne des associations. Les décennies suivantes voient une ouverture progressive: la prise en charge s’étend à toutes les confessions, répondant à la demande croissante de soins. L’activité se structure autour de services indépendants: maternité, médecine, chirurgie et hébergement pour personnes âgées.
Le financement s’appuie sur les aides de l’État, notamment sous forme de prix de journée validés par la DDASS.
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Transformation et modernisation de la MSPA à l’aube du XXIe siècle
Malgré son ancrage, la MSPA connaît des difficultés à partir des années 2000, liées à la gestion complexe d’un établissement de santé privé. En 2013, l’association cède les activités cliniques au groupe Hexagone Hospitalisation Sud-Est afin d’assurer la pérennité des soins. Cependant, la mission sociale d’accueil des personnes âgées reste sous sa responsabilité.
C’est en 2016 que la MSPA inaugure un nouveau bâtiment dédié à la maison de retraite, doté d’équipements modernes et adaptés aux besoins des résidents. Cette structure, d’une capacité de 75 lits, accueille des personnes valides, semi-valides ou dépendantes, sans distinction de confession. Ce projet, fruit d’une longue réflexion, illustre la capacité d’adaptation de l’héritage bonnefonien aux réalités contemporaines.

Une œuvre littéraire et pédagogique de grande ampleur
Au-delà de son action pastorale et sociale, Daniel Bonnefon laisse une empreinte intellectuelle significative. La Bibliothèque nationale de France recense de nombreuses œuvres signées de sa main, témoignant d’une double passion: la pédagogie religieuse et l’histoire littéraire. Son œuvre, accessible et rigoureuse, vise à éduquer autant les fidèles que le public cultivé.
Son Catéchisme élémentaire connaît plusieurs éditions, dont une 19e édition revue et augmentée par son fils, H. Bonnefon, pasteur à Cannes. Cet ouvrage, complété par une histoire abrégée de la Réforme, devient un outil de transmission fondamental dans les écoles protestantes.
Il prône une foi éclairée, ancrée dans la connaissance historique et doctrinale.
Par ailleurs, Daniel Bonnefon publie des ouvrages d’envergure sur la littérature française. Les Écrivains célèbres de la France, ou Histoire de la littérature française depuis l’origine de la langue jusqu’au XIXe siècle (1902) et Les écrivains modernes de la France, depuis le premier Empire jusqu’à nos jours (1927) sont des synthèses ambitieuses qui visent à rendre accessible un patrimoine culturel riche. Ces travaux, bien que datés, témoignent d’un souci d’éducation populaire et d’une volonté de relier foi et culture.
Une lignée intellectuelle et engagée: l’exemple de Charles Bonnefon
L’héritage de Daniel Bonnefon se perpétue à travers sa descendance, notamment via son fils, Hector Jules Charles Bonnefon, né à Alès le 5 octobre 1871. Journaliste, écrivain, philosophe et historien, Charles Bonnefon poursuit dans la voie de la transmission des idées, mais dans un contexte différent. Il vit à Berlin avant la Première Guerre mondiale, où il travaille comme correspondant, observant les dynamiques franco-allemandes avec une volonté de rapprochement culturel.
Son œuvre, comme l’édition de L’Histoire de l’Allemagne, témoigne d’un engagement intellectuel profond. Il publie des conférences patriotiques et collabore à des journaux comme le Figaro illustré. La famille Bonnefon incarne ainsi une lignée d’intellectuels protestants engagés, mêlant foi, culture et action publique.
| Événement | Date | Lieu / Institution |
|---|---|---|
| Consécration comme pasteur | 9 septembre 1858 | Alès |
| Fondation de l’asile pour vieillards | 1866 | Maison de Santé Protestante d’Alès |
| Reconnaissance d’utilité publique | 1877 | République française |
| Publication de l’Histoire littéraire | 1902 | Éditions françaises |
| Inauguration du nouveau bâtiment | 2016 | MSPA Alès |
Une influence durable sur le protestantisme social en France
L’action de Daniel Bonnefon s’inscrit dans un courant plus large de protestantisme social du XIXe siècle, marqué par une volonté d’incarner la foi dans des œuvres concrètes de bienfaisance. À travers la création de la MSPA, il répond à un besoin criant d’accompagnement des plus fragiles, tout en affirmant une identité confessionnelle respectueuse.
En 2026, l’institution continue d’incarner des valeurs fortes: respect de la vie, de la personne, sens du service et de la responsabilité. Ces principes, ancrés dans la foi chrétienne protestante, trouvent un écho dans les débats contemporains sur la fin de vie, la dépendance et l’éthique médicale.
La pérennité de la MSPA, malgré les mutations sociales et sanitaires, souligne la pertinence du modèle fondé sur l’engagement associatif et la solidarité communautaire. Cet héritage, à la fois spirituel et social, montre que des initiatives locales peuvent avoir un impact durable. L’œuvre de Daniel Bonnefon invite à repenser le rôle des institutions religieuses dans la société civile, non pas comme des structures de pouvoir, mais comme des acteurs de lien social et d’accompagnement humaniste.

La transmission du savoir au cœur de la foi protestante
La double casquette de Daniel Bonnefon – pasteur et écrivain – illustre une caractéristique fondamentale du protestantisme: l’importance de la lecture, de l’éducation et de l’accès direct aux textes sacrés. En rédigeant des catéchismes, il œuvre à la formation des jeunes générations dans la foi.
En publiant des ouvrages littéraires, il élargit ce champ éducatif à la culture générale. Cette démarche reflète une vision du croyant comme un individu libre, responsable et capable de penser par lui-même.
En 2026, cette préoccupation reste d’actualité. Les institutions protestantes continuent d’investir dans l’éducation, la publication et la recherche. L’œuvre de Daniel Bonnefon, bien qu’ancrée dans son temps, pose des jalons pour une foi incarnée, intelligente et ouverte sur le monde.
Son fils Charles, par son action de médiation culturelle franco-allemande, prolonge cette ouverture intellectuelle et internationale, montrant que la foi peut être un pont entre les peuples.
Le rôle des femmes dans l’histoire de la MSPA
Si les sources historiques mettent en avant les figures masculines comme Daniel Bonnefon ou les membres du consistoire, l’action sociale de la MSPA a reposé en grande partie sur l’engagement de femmes. Bien que leurs noms soient souvent absents des documents officiels, les sœurs, bénévoles et infirmières ont joué un rôle central dans l’accueil et les soins.
Leur contribution silencieuse, au quotidien, a été essentielle à la réussite de l’œuvre. En 2026, reconnaître cette dimension invisible permet de mieux comprendre la dynamique réelle des institutions caritatives de l’époque.
Aujourd’hui, la MSPA continue d’être portée par une majorité de femmes dans ses équipes soignantes et administratives. Cette continuité souligne la place centrale des femmes dans le secteur médico-social, un héritage de dévouement et de professionnalisme qui mérite d’être mis en lumière.
Le patrimoine protestant d’Alès aujourd’hui
La ville d’Alès, riche de son histoire protestante, conserve des traces multiples de cette présence. La MSPA en est l’un des symboles les plus vivants. D’autres institutions, comme les temples ou les écoles, témoignent également de cette tradition.
En 2026, le protestantisme y reste une composante importante du paysage culturel et social. Des initiatives comme les célébrations du protestantisme à Alès ou des expositions sur l’histoire religieuse des Cévennes contribuent à faire connaître ce patrimoine auprès du grand public.
La figure de Daniel Bonnefon, bien que méconnue au-delà de la région, mérite d’être davantage valorisée. Elle incarne une forme d’engagement éthique et solidaire qui parle encore aujourd’hui, dans un contexte de fragilité sociale croissante et de recherche de sens. Son message de respect, de service et de responsabilité trouve un écho dans les préoccupations contemporaines autour du vieillissement, de la santé et de la cohésion sociale.
Questions fréquentes
Qui était Daniel Bonnefon?
Daniel Bonnefon était un pasteur protestant né en 1832 à Bayonne. Il a été pasteur d’Alès à partir de 1863 et est surtout connu pour avoir fondé la Maison de Santé Protestante d’Alès en 1866.
Quand a été créée la MSPA?
La Maison de Santé Protestante d’Alès a été fondée en 1866 par le pasteur Daniel Bonnefon.
La MSPA est-elle toujours en activité?
Oui, l’association existe toujours en 2026. Elle gère une maison de retraite avec 75 lits, installée dans un bâtiment inauguré en 2016.
Quels sont les liens avec Charles Bonnefon?
Charles Bonnefon, né en 1871 à Alès, était le fils de Daniel Bonnefon. Il a été journaliste, historien et écrivain, notamment correspondant à Berlin avant la Première Guerre mondiale.
Quand la MSPA a-t-elle été reconnue d’utilité publique?
La MSPA a été reconnue d’utilité publique en 1877 par décret du Président de la République, le Maréchal de Mac Mahon.
Quels sont les domaines d’écriture de Daniel Bonnefon?
Il a écrit des œuvres religieuses (catéchismes) et des ouvrages sur l’histoire littéraire française, notamment Les Écrivains célèbres de la France (1902).